Bioéconomie

Rien de nouveau sur l’herbicide Round Up ( Monsanto) selon l’AFSSA

L’Agence française de sécurité sanitaire des aliments (Afssa) a étésaisie le 28 janvier 2009 par la Direction générale de la santé et la Direction générale de l’alimentation d’une demande d’avis relatif au glyphosate et aux préparations phytopharmaceutiques à base de cette substance active suite à la publication d’un article par l’équipe de Gilles Eric Séralini.



Gilles-Eric Séralini, professeur de biologie à l’Université de Caen, et Nora Benachour , docteur de la même université, ont publié dans la revue scientifique “Chemical Research in Toxicology” d’un article intitulé “Glyphosate formulations induce apoptosis and necrosis in human umbilical, embryonic and placental cells”. Cet article est paru le 23 décembre 2008 sur internet.



La direction générale de l’Alimentation a demandé à l’Afssa d’analyser ces travaux pour déterminer s’ils remettent en cause les autorisations accordées pour toutes les spécialités phytopharmaceutiques à base de glyphosate ou de modifier leurs conditions d’utilisation.


Après consultation du Comité d’experts spécialisé “Produits phytosanitaires : substances et préparations chimiques” l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments émet un avis.



Trois modèles testés



La toxicité du Glyphosate (G) a été testée par l’équipe de Gilles Eric Séralini sur trois modèles cellulaires humains : lignée de cellules tumorales placentaires JEG3, lignée de cellules rénales embryonnaires 293 et cultures primaires de cellules endothéliales de la veine ombilicale HUVEC. Selon les auteurs, les résultats montrent que le glyphosate et les 4 formulations de Roundup induisent une mortalité cellulaire dans les 3 types cellulaires étudiés, avec “une toxicité comparable pour chacun, mais à des concentrations différentes” .


Rappelant les résultats de leurs études antérieures les auteurs en concluent que le niveau seuil d’action de l’herbicide doit prendre en compte la période et la durée d’exposition, la présence d’adjuvants, notamment le POEA, le métabolisme et la bioaccumulation ou les effets retardés dans le temps”.


L’équipe de Séralini estime aussi que “les effets ci-dessus sont démontrés en dessous des dilutions de l’herbicide recommandées en agriculture […] les mélanges disponibles sur le marché peuvent endommager les cellules voire la mort cellulaire aux niveaux résiduels attendus, en particulier dans les denrées alimentaires”.




L’avis de l’AFSSA comporte des commentaires sur les méthodes utilisées et sur l’interprétation des résultats. Sur la méthode, l’AFSSA critique le fait que pendant la phase d’exposition les cellules « sont maintenues en culture dans un milieu sans sérum ce qui peut conduire à perturber l’état physiologique des cellules ». « Une telle méthodologie pourrait être acceptable pour des traitements courts (3-4 heures) mais en aucun cas pour des traitements longs de 24 heures. De plus, le glyphosate utilisé dans l’étude est du glyphosate acide alors que dans les préparations testées il est sous forme de sel »



Les préparations sont plus toxiques que le glyphosate administré à des doses équivalentes, mais cette augmentation de toxicité peut s’expliquer par l’effet du tensioactif POAE. En raison des propriétés du tensioactif et de l’augmentation de l’osmolalité du milieu de culture, il est possible que les membranes cellulaires et celles des organites soient désorganisées. De plus, le tensioactif possède une toxicité propre. Les conclusions ne reposent que sur des expérimentations in vitro portant sur des modèles cellulaires non validés, non représentatifs



L’Agence française de sécurité sanitaire des aliments estime dans sa conclusion « que les effets cytotoxiques du glyphosate, de son métabolite AMPA, du tensioactif POAE et des préparations à base de glyphosate avancés dans cette publication n’apportent pas de nouveaux éléments pertinents qui soient de nature à remettre en cause les conclusions de l’évaluation européenne du glyphosate ni celles de l’évaluation nationale des préparations. »


Michel.deprost@enviscope.com

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