Écoconception

The Shift Project : la sobriété numérique incontournable pour la transition énergétique

La consommation d’énergie du numérique s’accroit de 9 % par an. Il est possible ramener cette croissance à 1,5 % par an en adoptant la « Sobriété numérique », selon le nouveau rapport du Shift Project publié le 16 janvier.

La transition numérique aggrave le dérèglement climatique. C’est ce que conclut un nouveau rapport “Déployer la sobriété numérique” publié le 16 janvier par The Shift Project, groupe de réflexion sur la transition carbone.

L’empreinte énergétique directe du numérique inclut l’énergie de fabrication et d’utilisation des équipements (serveurs, réseaux, terminaux). Cette empreinte progresse de 9 % par an. La consommation d’énergie directe occasionnée par 1 € investi dans le numérique a augmenté de 37 % depuis 2010. L’intensité énergétique de l’industrie numérique augmente de 4 % par an. Ce taux de croissance est à contre-courant de l’évolution de l’intensité énergétique du PIB mondial qui décroît de 1,8 % chaque année. L’explosion des usages vidéo (Skype, streaming, etc.) et la multiplication des périphériques numériques fréquemment renouvelés sont les principaux facteurs de cette inflation énergétique.

Une croissance rapide

La part du numérique dans les émissions de gaz à effet de serre a augmenté de moitié depuis 2013, passant de 2,5 % à 3,7 % du total des émissions mondiales. Ces émissions ont augmenté depuis 2013 d’environ 450 millions de tonnes dans les pays de l’OCDE, les plus développés, dont les émissions globales ont pourtant diminué de 250 Mt CO2eq.

La transition numérique capte des ressources électriques nécessaires à la transition énergétique. Le numérique utilise en effet une part démesurée de l’électricité disponible. Ceci accroît la tension sur la production électrique alors que celle-ci peine à se décarboner.

L’augmentation de la production d’équipements numériques nécessite aussi des quantités croissantes de métaux rares et critiques indispensables aux technologies énergétiques bas-carbone, alors que des facteurs physiques, géopolitiques et économiques commencent déjà à limiter leur disponibilité.

Une tendance inverse de la tendance générale

Le secteur numérique manifeste une tendance exactement inverse à celle qui lui est attribuée : dématérialiser l’économie. Les évolutions des impacts environnementaux du numérique vont à l’encontre des objectifs de découplage énergétique et climatique du PIB fixés par l’Accord de Paris sur le climat.

Pas d’impact positif

Les impacts attendus de la transition numérique sur la productivité et la croissance ne sont pas visibles dans les pays développés sur les 5 dernières années. Le taux de croissance de la zone OCDE reste stable autour de 2 %, alors que la croissance des dépenses numériques est passée de 3 % à plus de 5 % par an.

Les profils de consommation numérique sont extraordinairement contrastés. En moyenne en 2018, un Américain possède près de 10 périphériques connectés, et consomme 140 Gigaoctets de données par mois. Un Indien possède en moyenne un seul périphérique, et consomme 2 Gigaoctets.

Surconsommation dans les pays développés

La surconsommation est le fait des pays développés. Pour Shift Project l’enjeu numéro un consiste à reprendre le contrôle des usages. Il s’agit de planifier et de prioriser les investissements dans le numérique pour s’assurer qu’ils servent efficacement les politiques sectorielles.

The Shift Project propose une définition de la sobriété numérique en trois points :

  • acheter les équipements les moins puissants possibles,
  • changer d’équipements le moins souvent possible,
  • réduire les usages énergivores superflus.

La sobriété numérique est une source d’efficacité – énergétique, humaine, financière – pour les organisations. Son principe étend au niveau sociétal la prise en compte des objectifs poursuivis par les approches techniques de type « Green IT » destinées prioritairement aux Directions des systèmes informatiques (DSI).

Passer à la sobriété numérique permet de ramener l’augmentation annuelle de consommation d’énergie du numérique à 1,5 % au niveau du taux de croissance des autres secteurs. Cette sobriété permettrait seulement de contenir l’explosion de l’empreinte environnementale du numérique. Représentée dans le scénario 2018-2025 “Sobriety”, cette sobriété ne remettrait pas en cause le principe de la transition numérique. Le volume de données échangées continuerait à croître, avec un nombre de smartphones et téléviseurs produits chaque année stabilisé à son niveau de 2017 – alors que les marchés des pays développés sont déjà aujourd’hui proches de la saturation.

Accélérer la prise de conscience

Les organisations publiques et privées doivent pouvoir prendre en compte l’impact environnemental de la composante numérique des choix qu’elles envisagent. The Shift Project a développé un Référentiel Environnemental du Numérique (REN) indiquant des ordres de grandeur vérifiés sur l’énergie et les matières premières mobilisées par la production et l’utilisation de technologies numériques courantes.

Il propose de fonder une base de données publique (sur le modèle de la base carbone de l’Ademe) pour permettre aux acteurs d’analyser leur impact environnemental. Il sera ainsi possible de procéder à un bilan carbone des grands projets numériques avant de les lancer, et de proposer des mesures leur permettant d’agir sur la demande et la consommation de services numériques.

« Il est nécessaire de retrouver une capacité individuelle et collective à interroger l’utilité sociale et économique de nos comportements d’achat et de consommation d’objets et de services numériques, et d’adapter nos comportements en conséquence. La sobriété numérique doit être adoptée comme un principe d’action. La pression de l’offre (Gafam, BATX*) et les attentes de croissance du PIB associées à la numérisation ne peuvent servir de seuls juges dans la sélection des projets numériques, estime le rapport. Dans les pays développés, il serait grand temps de s’interroger davantage sur les multiples facettes – sociales, sanitaires, etc. – de la surconsommation numérique, en complément de l’impact environnemental généré. » Chiche ?

*Gafam (Google, Apple, Facebook, Amazon, Microsoft), BATX (Baidu, Alibaba, Tencent Xiaomi)

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