Auvergne-Rhône-Alpes

Transport ferroviaire : il faut d’abord un débat sur l’aménagement du territoire

SNCF Réseau n’a pas la clé de l’aménagement du territoire. L’entreprise publique est au service d’un projet régional. Or les conceptions de l’aménagement d’Auvergne-Rhône-Alpes divergent au sein de la Région.

Michel Deprost
Michel Deprost

Métropole lyonnaise de plus en plus centraliste, ou Métropole cœur d’un réseau de ville ? Le débat sur l’avenir du Nœud Ferroviaire Lyonnais a été l’occasion pour des conceptions opposées de la métropole de s’exprimer. Il n’y pas encore de conception partagée sur le rôle de Lyon dans Auvergne-Rhône-Alpes. Difficile dès lors, pour SNCF Réseau de faire des choix lourds de conséquence pour l’aménagement du territoire. C’est aux élus locaux de la Région, et aux citoyens de dire la Région et les transports qu’ils souhaitent.

Le débat publie sur le Nœud Ferroviaire de Lyon, dont les recommandations ont été présentées le 11 septembre, a fait émerger deux conceptions de la place de Lyon, a expliqué Jean-Claude Ryusschaert, président de la Commission du débat particulier : une vision centralisatrice pour Lyon ou une vision décentralisée avec un réseau de villes. La Commission du débat n’a pas évalué le poids de ces opinions. La force de ces conceptions montre cependant qu’elles doivent être prises en compte sans doute dans un débat régional.

Tout à Lyon

Tout concentrer à Lyon en justifiant la croissance de la Métropole par la théorie du ruissellement, telle est la conception de Gérard Collomb, maire de Lyon, qui a poussé à la création de la Métropole au I er janvier 2015. Explication avec l’image du château de sable : plus le château de sable est haut, plus les grains de sables roulent loin. Plus le centre est riche, plus la périphérie reçoit des miettes.

Dans le débat sur le Nœud Ferroviaire Lyonnais, le maire de Lyon n’a pas changé d’avis. Pour lui, la gare de Saint-Exupéry ne doit pas devenir une cinquième gare de Lyon. Le trafic doit passer par la Part-Dieu, éventuellement grâce à un souterrain qui coûterait le cinquième du tunnel de base du Lyon Turin. C’est à la Part-Dieu qu’il faudra arriver à Lyon en train, que s’édifieront des tours, que se créeront des emplois, même si d’autres quartiers de Lyon sont promis à un bel avenir.

Une métropole en réseau

Autre conception, celle d’une métropole de Lyon, ouverte sur l’extérieur, sur les territoires, reliée à un réseau de villes, elles aussi très actives, équilibrées, réunissant plusieurs fonctions, activités, emplois, logements. Dans un tel système les déplacements pendulaires entre Lyon et la périphérie même lointaine sont moins nécessaires, moins quotidiens. Les investissements sont moins lourds.

Or le débat n’est pas tranché sur le rôle des métropoles par rapport aux territoires. « En Ile de France, il existait une conférence des exécutifs, réunissant les représentants de la région et des grandes collectivités », a rappelé l’un des organisateurs du débat particulier sur le NFL. Cette instance, qui a fonctionné en Rhône-Alpes n’existe plus. Le dialogue n’existe pas, ni même le cadre d’un dialogue. Les oppositions politiques sur le sujet entre Jean-Jack Queyranne et Gérard Collomb puis entre ce dernier et Laurent Wauquiez ont empêché la discussion.

Quel schéma?

La situation est bloquée. Il existe bien des Schémas de Cohérence Territoriale (Scot) qui planifient un développement harmonieux des territoires. Mais les résultats sur l’urbanisme, sur la consommation de foncier se font attendre. Le Schéma régional d’Aménagement, de développement Durable, et d’Equilibre des territoires (Sraddet) en cours d’enquête publique doit servir de cadre pour dessiner une région plus équilibrée.

Le Sraddet reste un document complexe. La concertation lancée par la Région a bien existé depuis deux ans. Elle a impliqué de nombreux acteurs. Le site du Sraddet a plus de 2000 abonnés. Mais, malgré des efforts de communication, la pédagogie n’a pas été poussée assez loin pour un document très technique et très précis. Et le Sraddet Auvergne-Rhône-Alpes, risque d’être aux yeux de beaucoup, insuffisamment prescriptif, comme l’a déjà souligné l’Autorité Environnementale. Il suffira que des documents d’urbanisme soient compatibles pour qu’ils puissent être adoptés. Et tant que les maires accorderont les permis de construire, l’urbanisme sera difficile à maîtriser.

Or sans schéma de développement régional cohérent, sans équilibre des territoires inscrit dans le marbre et dans les esprits, comment prévoir les bons systèmes de transports ? Comment investir dans les lignes ferroviaires les gares, des trains, quand le développement et les besoins risquent de ne pas suivre.

SNCF Réseau ne peut pas tout. Le gestionnaire du réseau ferré, n’a pas la clé de l’aménagement du territoire. Ce dernier doit se décider ailleurs, au niveau politique, entre élus des différentes collectivités, Région, Départements, agglomération, avec un indispensable débat citoyen.

michel.deprost@enviscope.com

 

 

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