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Une stratégie pour la macro-région des Alpes lancée à Grenoble

La grande région des Alpes pèse aussi lourd que la France : 70 millions d’habitants sur 450 000 km2. C’est le plus vaste ensemble montagneux d’Europe, qui présente en son sein des caractéristiques communes, comme une agriculture et une sylviculture spécifiques, une très grande biodiversité, des corridors biologiques. Ce château d’eau de l’Europe, ce formidable espace naturel est pourtant fragile, menacé par le changement climatique, par le vieillissement de ses populations. Si certaines régions sont attractives, telles la partie alpine de Rhône-Alpes, où se développent le tourisme, la recherche et l’innovation, d’autres territoires sont marqués par la fuite des cerveaux, la perte de vitesse d’activités industrielles et artisanales.

Un pacte de solidarité entre les territoires

Dès 2009 la réflexion s’est engagée et lors d’une première réunion à Chambéry, cinq états1 membres de l’UE, plus la Suisse et le Lichtenstein, et les 46 régions qui composent ces états, ont jeté les bases d’une coopération, d’un partage d’expériences, pour bâtir la stratégie de l’Union Européenne pour la région alpine (Suera). « Si l’on ne voulait pas que la montagne soit simplement un terrain de jeux pour les citadins, l’exploitation de l’or blanc, il fallait conclure un pacte de solidarité entre tous les territoires » énonce Jean-Jacques Queyranne, président de la Région Rhône-Alpes.

« L’Europe a d’ailleurs prévu dans l’article 174 du traité de Lisbonne, que les territoires atypiques soient pris en compte ». C’est ce que rappelle Thierry Repentin, ministre français des Affaires européennes, initiateur de la conférence grenobloise. Il y a invité tous ses collègues des autres pays, ainsi que les présidents des Régions. Ensemble, comme l’ont déjà fait les pays de la Baltique ou ceux du bassin du Danube, ils ont signé la résolution politique qui permettra la mise en œuvre d’une stratégie commune à l’échelle d’une macro-région, celle des Alpes.

Complèter les politiques existantes

Reprenant la parole, le ministre explique qu’il ne s’agit pas de créer une structure supplémentaire. La nouvelle stratégie devrait composer avec les politiques nationales ou locales déjà en cours, comme par exemple le projet Montagne 2040 de Rhône-Alpes2. De la même façon les grands projets comme le Lyon-Turin, pour lequel Thierry Repentin a confirmé l’engagement européen à hauteur de 40% de l’investissement, ne sera pas modifié par la nouvelle stratégie. Au mieux, certaines actions intégrées au projet pourront être renforcées. Ce seront les fonds existants tels le Feder ou le Feader3, le Fonds social européen et ceux prévus au budget 2014-2020, qui seront sollicités. « Il faudra être suffisamment intelligents, pour proposer des dossiers éligibles à la Banque Européenne d’Investissements » ajoute-il.

Les propositions remonteront des Régions

Ces dossiers quels sont-ils ? Pour l’instant seules des pistes sont données. Elles sont nombreuses : le développement durable, la protection des espaces naturels, des aménagements concertés, notamment dans le domaine des transports, la coopération universitaire ou la maitrise des risques naturels ou ceux liés au tourisme. Par exemple, dans le cadre de la réorientation de la PAC4, un soutien à l’agriculture de haute et moyenne montagne, ou en matière de sécurité dans les tunnels, créer un centre d’essai et d’entrainement avec des moyens communs, au service de tout l’arc alpin.

Une adoption définitive en 2014

Comme l’a rappelé Emma Bonino, ministre italienne des Affaires étrangères, « nous sommes à un point d’arrivée, celui de la réflexion, et à un point de départ, celui de la mise en œuvre de cette politique ». La résolution politique signée vendredi dernier est assortie d’un document d’interpellation. Il sera présenté dès ce mardi 22 octobre au Conseil des ministres de l’UE. La stratégie sera détaillée lors d’un deuxième Conseil des ministres, le 19 novembre et le lendemain lors de la visite à Rome de François Hollande.

Thierry Repentin souhaite saisir officiellement la Commission européenne en décembre de cette année et vise une adoption définitive de cette stratégie de l’Union Européenne pour la région alpine d’ici fin 2014.

antoine.reboul@enviscope.com

1 L’Allemagne, la France, l’Italie, l’Autriche et la Slovénie.

2 Le projet rhônalpin Montagne 2040, qui a associé les populations et notamment les jeunes dans un travail de réflexion sur l’avenir de la Montagne, passera en délibération devant le Conseil régional en décembre 2013. Il aborde de nombreuses thématiques : l’accessibilité aux territoires, le transfert modal (rail-route) pour baisser la pollution, la qualification des personnels dans le tourisme, l’agriculture de montagne et la création de labels, le développement de l’industrie et de l’innovation…

3 Feder : Fonds européen de développement régional, Feader : Fonds européen agricole pour le développement rural.

4 PAC : Politique agricole commune. Dans le cadre du 2e pilier de la PAC, la réorientation se fait en direction de petites structures, grâce à la convergence des aides à l’hectare et l’Indemnité compensatoire de  handicap naturel ICHN (territoire de montagne par exemple).

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