Eau

Alpes du Sud : le changement climatique bouleverse la ressource en eau

Niveau en baisse sur les lacs artificiels,  conséquences sur le tourisme, menaces sur l’agriculture, vigilance sur la ressource en eau: une table ronde organisée dans le cadre des rencontres régionales organisées par le Syndicat des Canalisateurs du Suid-Est a permis de faire le point sur  l’impact de la sécheresse et de la canicule sur le cycle de l’eau.

Sur le cours supérieur de  la Durance, le lac artificiel de Serre-Ponçon  ( Hautes-Alpes ) a été créé en 1962 pour réguler les crues, produire de l’électricité (10% de la production hydroélectrique française), approvisionner les agriculteurs et arboriculteurs de Provence et de Provence, soit un tiers de l’irrigation française. Cette régulation permet de fournir l’eau destinée à la consommation humaine, à hauteurs des deux tiers de la ressource en eau de la Métropole Aix Marseille).

Le lac a créé un pôle touristique majeur qui  contribue à 40% des activités touristiques du département des Hautes Alpes: sports nautiques, campings, Or le niveau du lac en juillet s’est situé à 763,37 mètres, soit près de 17 mètres en-dessous de la cote optimale de remplissage. La réserve du lac était affectée par la baisse de l’enneigement sur les massifs des Alpes, sur les Ecrins, sur le Massif du Thabor, en limites d’Auvergne-Rhône-Alpes et de Provence-Alpes-Côte d’Azur. La sécheresse de cet été est survenue après un printemps peu pluvieux et des pics de chaleur en juin ont favorisé l’évaporation.

Impact négatif sur le tourisme

« Cet enchainement des causes aurait pu être fatal aux 1 000 familles qui vivent directement de l’activité des 100 prestataires du lac, qui contribuent à 40% de l’économie touristique du département des Hautes Alpes, qui vit lui-même à 80% du tourisme ! » souligne Christophe Piana, directeur du Syndicat Mixte d’Aménagement et de Développement de Serre-Ponçon. « Nous travaillons depuis 2021 avec l’ensemble des acteurs économiques locaux, EDF et la Direction régionale de l’Environnement, de l’Aménagement et du Logement, dans le cadre d’une convention qui permet  d’installer les activités sur les rives du lac. Cet été, il a fallu œuvrer avec les arbitrages d’EDF » souligne le directeur qui a mobilisé l’ensemble des signataires une trentaine de fois depuis mars 2022 . EDF a maintenu une cote estivale de 5 mètres  de marnage, le Canal de Crau a été fermé pendant 15 jours et 150 millions d’investissements sont prévus pour sécuriser durablement les usages.

Dix milliards d’activité pour la vallée de la Durance

Pour la Vallée de la Durance, ce sont 10 milliards d’euros  d’activité économique, industrie, tourisme et agriculture qui dépendent directement de la ressource en eau .  « Tous les territoires et toutes les activités sont concernés ! » a souligné Philippe PICON, directeur du pôle gouvernance et ressource en eau du Syndicat Mixte d’Aménagement de la Vallée de la Durance, qui propose de mettre en place un système de prévision de la sécheresse de façon à détendre le système et déstocker autrement.

« En privilégiant l’irrigation au goutte à goutte, il serait possible d’économiser 100 millions de mètres cubess» précise le directeur, qui va prioriser la rénovation de digues en accordant environ 10 à 20 millions € par an . Mais l’alimentation en eau gravitaire sera maintenue pour la Plaine de La Crau afin de maintenir une activité agricole typique, le foin de la Crau, et de contribuer à la régénération de la nappe de La Crau nécessaire à l’alimentation en eau de la Métropole Aix-Marseille.

Sur le Verdon  et sur le Canal de Provence  : gestion serrée et investissements

A une autre échelle, les gestionnaires de la  retenue de Sainte Croix sur le Verdon  ont procédé à des déstockages début juillet, soit un à deux mois en avance par rapport à 2021. Cette cote a baissé pendant l’été au rythme de 40 cm par semaine avec des répercussions sur l’activité touristique…

Le Canal de Provence a été fortement sollicité pour satisfaire la demande multi-usages de la concession (50% privé, 20% irrigation, 17% industries et PME, 13% arrosage) et pour compenser les déficits en eaux des collectivités, qui ont eu une baisse de leurs ressources locales en eau. « Les ouvrages de la concession régionale ont été capables de satisfaire l’ensemble des demandes ; et l’épisode de sécheresse 2022 a fait l’objet d’un accompagnement spécifique des clients agriculteurs » précise Franck SANFILIPPO, directeur du service de l’eau de la Société du Canal de Provence. Avec un débit de 220 millions m3/an à 280, soit 4% des 6 milliards mètres cubes du bassin versant, le Canal de Provence a agi en solidarité avec le Parc naturel du Verdon situé en amont. « L’année 2023 verra la poursuite du travail à mener avec les services de l’état ainsi que des investissements de 40 millions €, au lieu de 20 millions € en 2022, pour irriguer les 20 000 ha de vigne dont les enjeux économiques sont énormes », ajoute le directeur.

 

Métropole d’Aix-Marseille :

 

Avec 123 millions de m3 distribués en provenance de la Durance (70%), du Verdon (15%), de la nappe de La Crau (9%) et d’autres captages (6 %) à destination de 465 000 abonnés, le service public de l’alimentation en eau potable de la Métropole Aix en Provence Marseille est maître d’ouvrage du  Canal de Marseille.

Cet ouvrage 170 kilomètres qui alimente 36 communes a permis de passer la sécheresse de cet été. Le taux de rendement actuel des 7 500 kilomètres de canalisations d’eau potable est de 85%, ce qui signifie que  . Un programme est en cours d’élaboration pour définir le réseau % de % de l’eau part dans des fuites. « Nous prévoyons d’investir 24 millions € sur 15 ans dans le cadre de notre schéma directeur des eaux patrimoniales qui permet de définir un programme de travaux et une stratégie globale de gestion de réseaux, en adaptation au changement climatique » souligne Philippe ROBERT chef de service études générales de la Métropole Aix-Marseille Provence (MAMP). Si le scénario médian du GIECC de baisse de 10% de la ressource en eau de la Durance d’ici 2050, le problème d’approvisionnement en eau se posera tous les 4 ans au lieu de tous les 20 ans ! ».

 

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