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Les gaz de schistes en débat, à l’invitation de l’Uris Ain-Rhône et d’Enviscope

Les Etats-Unis deviennent en 2013 le premier producteur de pétrole et de gaz devant l’Arabie Saoudite et la Russie. En 2020 ils seront affranchis du Moyen Orient. Cette évolution est extrêmement récente, elle date de 2005, depuis que l’exploitation des gaz de schistes s’est intensifiée. La conséquence, c’est une baisse des prix sur le marché américain des hydrocarbures. Un atout considérable pour l’industrie US. En Europe, on estime les ressources d’hydrocarbures non conventionnels (HNC) à 13% des ressources mondiales et la France en serait le principal détenteur, mais avec interdiction d’exploiter ces HNC, ceci depuis la loi de juillet 2011. Voici posés les premiers éléments économiques de ce débat sur les gaz de schistes.

L’information scientifique point de départ du débat

Avant de formuler cette nouvelle donne géostratégique, Roland Vially, géologue à l’IFP – Energies Nouvelles (voir notre vidéo) et Didier Bonijoly, (voir notre vidéo) directeur adjoint géoressources du BRGM ont largement expliqué à l’auditoire d’ingénieurs et scientifiques, défenseurs de l’environnement et simples citoyens les étapes techniques de la production du gaz de schistes. Ils ont détaillé les vrais et faux dangers que présente la fracturation hydraulique.

Ces explications allaient bien dans le sens souhaité par Jean-Luc Guyot, président de l’Uris Ain-Rhône, pour qui dans un passé récent « la culture scientifique s’est mise en sourdine, laissant la place dans les débats à des positions dogmatiques, loin des données réelles. Avec le doute du chercheur, nous souhaitons maintenant apporter un éclairage plus précis ».

Où sont les vrais points à surveiller ?

A la suite de son collègue, Didier Bonijoly a souligné les différents points d’attention, soulevés par l’exploitation des gaz de schistes :

– L’eau : le procédé consomme beaucoup d’eau. Ce qui ne serait peut-être pas un problème dans le bassin de Paris (1er gisement estimé), constituerait certainement un conflit d’usage dans les Cévennes (2e gisement potentiel en France).

Les fuites : en l’absence de fractures naturelles de la roche, les fluides ne percolent pas depuis la roche mère jusqu’à la surface (2000 à 3000 m plus haut). La pricipale source de contamination des milieux peut être le forage lui-même. Il faut donc bien contrôler l’étanchéité du tubage, qui peut laisser échapper des fluides.

La fracturation : le problème ne réside pas dans la durée (l’opération de fracturation ne dure qu’un jour et demi), ni dans son intensité. Il s’agit de microséismes, qui ne sont même pas toujours détectables par les capteurs. Il existe malgré tout un risque réel, comme cela a été le cas à Blackpool en Angleterre, que le forage active une faille quand il est pratiqué à côté d’elle.

Les produits chimiques : une partie des fluides de fracturation est récupérée (backflow). Il faut la traiter dans des réservoirs fermés, pour éviter l’évaporation des hydrocarbures et substances volatiles, qui se produit dans de simples bacs à l’air libre. Quant à la partie qui reste en sous-sol, même si elle ne peut pas contaminer les nappes phréatiques trop éloignées, on ne sait pas aujourd’hui comment elle peut évoluer sur une période longue.

En sous-sol : la concurrence des usages. Géothermie, stockages de gaz, de CO2, forages de gaz et d’hydrocarbures, tout ne sera pas possible.

En surface : l’exploitation nécessite la construction de milliers de puits (7 500 nouveaux puits par an aux Etats-Unis pour maintenir la production). Une plateforme classique comportant 6 forages implique la construction d’une plateforme tous les 4 km ! « Va-t-on accepter cette détérioration du paysage dans nos Cévennes ardéchoises ? » Cette interrogation d’une personne dans la salle suscite une vraie question, que Roland Vially retourne, expliquant qu’en Sibérie, d’où vient le gaz russe, les populations locales elles non plus ne sont pas satisfaites de la proximité des puits. Devons-nous alors exporter nos nuisances ?

Un débat de société

Au-delà des arguments techniques, très clairement expliqués par les deux géologues, le débat est de savoir comme plusieurs intervenants de l’auditoire l’ont souligné, s’il faut se lancer dans l’exploitation des gaz de schistes, alors qu’on connait leur impact négatif sur la production de gaz à effet de serre. Si les ressources ne permettent qu’une exploitation pour une vingtaine d’années, une génération, ne vaut-il pas mieux plutôt que repousser le problème, travailler plus activement à la transition énergétique ?

C’est un débat de société qui n’est certainement pas clos aujourd’hui, mais pour lequel MM. Vially et Bonijoly ont apporté les premiers arguments.

antoine.reboul@enviscope.com

Les fichiers présentés par Roland Vially et Didier Bonijoly sont aimablement mis à disposition du pubilc par des dernier sur le lien suivant:

Les Mardis des Ingénieurs et Scientifiques

La conférence ” Gaz de schistes : quels enjeux, quelles précautions pour l’environnement ? ” ouvrait le cycle des ” Mardis des Ingénieurs et Scientifiques ” organisé par l’Uris Ain-Rhône, en partenariat avec notre site Enviscope.com.

Les prochaines conférences se tiendront à l’Insa de Lyon : (10/12/2013) ” Mobilité électrique, quel horizon, quels véhicules ? ” (11/02/2014)” Santé : les innovations technologiques et leurs limites “, (8/04/2014) ” Bâtiments : quelles performances ? (10/06/2014) Les robots sauveront-ils l’industrie ? “

Pour en savoir plus http://urisar.wordpress.com/

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