Bioéconomie

Georges Pelletier, de l’Académie des Sciences et de l’Académie d’Agriculture démonte les bases scientifiques du projet d’arrêté interdisant le mis Mon 810

Directeur de recherche honoraire ( retraité aujourd’hui) de l’INRA, Georges Pelletier a travaillé de 1967 à 2013 dans le Département de Génétique et Amélioration des plantes. Il est aujourd’hui libre de s’exprimer. Il explique que ses recherches en biotechnologies végétales se sont inscrites dans le cadre de la mission confiée à l’INRA (1)

Pour l’ancien chercheur, le projet d’arrêté visant à interdire la culture des variétés de maïs portant l’événement de transformation MON 810, s’appuie sur de « faux arguments scientifiques nouveaux ». L’académicien démonte point par point les arguments du projet de texte. Le scientifique démonte l’argumentation sur quatre points.

Un papillon absent en Europe

« La publication Campagne et al. met en évidence un mécanisme de résistance dominante à la toxine Cry1Ab chez l’insecte ravageur Busseola fusca …» estime le texte  préparé par le ministre.

Georges Pelletier rappelle que l’espèce en question est « un papillon présent uniquement en Afrique subsaharienne. Cette référence n’a donc pas de rapport avec le cas français d’autant qu’aucune résistance à la toxine Cry1Ab n’a été observée depuis 18 ans de culture de maïs Bt dans le monde chez la pyrale ou la sésamie qui sont les espèces visées sur notre territoire. »

En supposant qu’une résistance se développe et envahisse les populations de pyrales, on se retrouverait, souligne le chercheur, ni plus ni moins dans la situation actuelle, où cet insecte est effectivement résistant aux défenses naturelles du maïs conventionnel.

Interdire aussi le bacille Bt utilisé en agriculture biologique

L’arrêté poursuit en affirmant que « la publication Mezzomo et al. démontre que les toxines Cry1 ont un effet toxique sur les cellules… »

Cette publication ne démontre rien, selon Georges Pelletier,  car le seul témoin expérimental qui aurait permis de conclure (la souche d’origine) ne figure pas dans les résultats présentés,  ce qui est selon lui très surprenant.

Les quantités de toxines en jeu, sont sans commune mesure avec ce que peut ingérer un animal ou un humain. Les quantités de toxine représenteraient entre trois et trente fois son propre poids  à partir d’un maïs Bt. En suivant la même logique, le Gouvernement devrait immédiatement  interdire l’usage des préparations à base de bactéries B. thuringiensis utilisées depuis une cinquantaine d’années dans le domaine forestier, en agriculture conventionnelle et surtout en agriculture biologique.

Des risques non prouvés sur des auxiliaires

Georges Pelletier s’attaque à un troisième argument, concernant les effets supposés sur des insectes auxiliaires. Selon le projet de texte, « La publication de Zhou et al. (13 janvier 2014) montre que la toxine Cry1Ab peut être transmise à des prédateurs auxiliaires tels que les araignées et peut avoir des effets négatifs sur ces arthropodes »

Pour Pelletier, l’article montre des variations (d’ailleurs particulièrement erratiques) d’activités enzymatiques sans démontrer, faute de témoins expérimentaux, qu’elles sont dues à la spécificité de la protéine Cry1Ab la protéine à effet insecticide. En aucun cas l’article  « n’étudie et donc ne montre d’effets négatifs sur la survie et la reproduction de ces auxiliaires, alors que les nombreuses études précédentes sur le terrain n’ont jamais mis en évidence de tels effets. »

Pas d’effet sur le pollen

Enfin, « la publication Holst et al. (10 février 2013) établit que le pollen de maïs MON810 peut conduire à une mortalité accrue des larves d’une espèce de papillon, Inachis io, répandue en France ».

Le chercheur émérite, rappelle que cet article théorique, repose sur une modélisation et une simulation. Il a été immédiatement contesté (voir JN Perry et al. Ecological Modeling, 24 octobre 2013, Vol 268, pp103-122) car les paramètres utilisés sont  “particulièrement irréalistes” .  Sont irréalistes par exemple, les quantités de toxine Cry1Ab contenues dans le pollen de MON 810 et le nombre de grains de pollen auquel ce lépidoptère pourrait se trouver être mis en contact.

Les études n’étaient pas le soupçon d’impact

En conclusion les quatre publications citées dans le projet d’arrêté n’étayent pas l’existence d’impact négatif sur l’environnement d’éventuelles cultures de maïs MON810 en France.

Il est regrettable que les gouvernements successifs depuis 5 ans et une fois de plus ici, argumentent leurs décisions à propos des plantes génétiquement modifiées sans prendre, voire en étant en contradiction avec, l’avis des Institutions de la République chargées de les conseiller comme les Académies des Sciences, d’Agriculture ou des Technologies, ou en l’occurrence des instances comme le Haut Conseil des Biotechnologies qu’ils ont mis en place à cet effet.

Pour le scientifique, le texte du ministre réunit ces ” argumentaires récoltés à la hâte par des personnes manifestement incompétentes, dans le seul but d’affirmer une posture politique, discréditent une fois de plus l’expertise scientifique, révèlent un profond mépris pour les chercheurs et, ignorant par ailleurs tout aspect bénéfique, brisent l’élan de progrès de la production agricole.

michel.deprost@enviscope.com

1) Les missions de l’INRA sont reprises dans le décret no 84-1120 du 14 décembre 1984, Article R831-1, toujours en vigueur, à savoir : « …..b) L’amélioration des productions végétales et animales intéressant l’économie agricole, y compris les espèces forestières et les espèces aquatiques

…. d) Les biotechnologies intéressant l’agriculture et les industries qui lui sont liées

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