Infrastructures

Lyon-Turin: radioscopie d’un projet technocratique

Lyon-Turin: radioscopie d’un projet technocratique

Daniel Ibanez, fer de lance de l’opposition à la liaison Lyon-Turin, publie avec Trafics en tous genres, une synthèse des critiques exprimées par les opposants au projet jugés par eux ” inutile”, et “imposé”.

Le projet de liaison Lyon-Turin, lancé dans les années quatre-vingt, ne doit pas se faire. Il n’est plus adapté  aux réalités économiques, aux contraintes financières, aux urgences environnementales. C’est ce qu’exprime dans un ouvrage de synthèse, Daniel Ibanez est l’un des opposants les plus déterminés au projet qui s’est plongé dans le dossier depuis trois ans.

Daniel Ibanez, économiste des procédures collectives, explique être un spécialiste des entreprises qui déraillent. Il a laissé le monde de l’entreprise en difficultés pour se pencher sur une autre type d’entreprise, le projet Lyon-Turin. Habitant de la Combe de Savoie mais étranger au nimbysme ( Not in My Back Yard, pas dans mon jardin) il a forgé depuis trois ans un argumentaire méthodique montrant le caractère inutile du projet porté par Lyon Turin Ferroviaire, au nom des Etats français et italien, avec le soutien de la Commission européenne.

La thèse de Daniel Ibanez est simple. Lyon Turin va à contre sens de l’histoire. Pour l’animateur de la Coordination anti Lyon-Turin, les grandes tendances de l’économie du sud de l’Europe, en France et en Italie, ne justifient pas la création d’une liaison améliorée entre les deux pays, au prix du Lyon-Turin. Les flux commerciaux de l’Europe sont désormais orientés sud-nord, et les relations ferroviaires ouest-est entre la France et l’Italie, déclinent, alors que le trafic des camions se tasse.

Trois éléments

Daniel Ibanez rappelle que le projet réunit trois éléments: le tunnel de base international, les accès français, le Contournement ferroviaire de l’Agglomération de Lyon ( CFAL), ce qui fait monter le coût total de la liaison à environ 30 milliards.

Partant de ce montant total, qui additionne des infrastructures différentes, cohérentes pour le long terme, Daniel Ibanez développe une critique globale, qui croise sur certains points celles de la Cour des Comptes.

Le projet Lyon-Turin, a échappé à tout débat public. Reprenant les critiques émises par la Cour des Comptes, Daniel Ibanez rappelle combien le projet a été critiqué par des spécialistes des transports, et surtout soutenu par des élus locaux et régionaux. Ibanez met justement le doigt sur les procédures de montage de grands projets en France, qui trop souvent laissent le champ libre aux maitres d’ouvrages. Le Lyon-Turin  lancé après la création de la Commission nationale du Débat Public, n’a pas été soumis à débat. Daniel Ibanez, montre comment des conflits d’intérêt auraient dû remettre en cause par exemple une enquête publique.

Daniel Ibanez ne se place pas certes dans une perspective d’aménagement à long terme du continent, qui est la position de l’Europe et des partisans du projet, qui voient loin. Il  ne retient pas la vision de la Commission européen, de Paris, de Rome, en faveur d’un aménagement structurant  pour les prochaines décennies.

Pour lui, le projet Lyon-Turin, est durablement  surdimensionné. Le tunnel de base international, même si les travaux ont commencé, doit même être abandonné. La liaison historique actuelle, par le tunnel du Montcenis est loin d’être saturée. Il faudrait engager vraiment le report modal de l’autoroute vers le rail, adapter encore le matériel roulant ferroviaire, prendre en compte d’urgence la question sanitaire des émissions de polluants en rendant plus contraignant le report modal. Il faudrait éviter des nuisances, des déchets, la disparition de terres agricoles, de zones humides et de zones naturelles pour privilégier une amélioration des infrastructures actuelles. Et par exemple, améliorer la liaison Lyon-Chambéry en doublant la voie actuelle après Saint-André Le Gaz. Trafic en tous genres livre des éléments à un débat qui n’a jamais été vraiment ouvert.

michel.deprost@enviscope.com

Trafics en tous genres, le projet Lyon-Turin, Daniel Ibanez, 212 pages Tim buctu éditions, 12 euros.

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