1. Accueil
  2. /
  3. Actualités
  4. /
  5. Énergie
  6. /
  7. Nucléaire
  8. /
  9. Myrto Tripathi : le...

Myrto Tripathi : le nucléaire est indispensable contre le changement climatique

L’énergie nucléaire est pleinement une énergie  adaptée pour lutter contre le changement climatique, rappelle Myrto Tripathi, présidente et fondatrice de l’association «Voix du nucléaire». En relançant l’utilisation des énergies fossiles, les freins au nucléaire ont pénalisé la réduction des émissions de carbone.  

Enviscope : Quel est l’intérêt du nucléaire sur le plan du carbone et du climat ?

Myrto Tripathi: Tout d’abord, le nucléaire n’émet pas de carbone à la différence des énergies fossiles, charbon, pétrole gaz. Mais aussi la densité énergétique de l’uranium naturel est bien plus importante que celle des énergies fossiles. Cette densité, ou cette concentration en quelque sorte, signifie qu’avec la même masse d’uranium, on produit bien davantage d’énergie par unité de matière qu’avec n’importe quelle autre forme d’énergie.

Huit gramme d’uranium équivalent à 1 tonne de charbon, cette densité exceptionnelle  se retrouve dans tous les aspects entourant la production d’énergie. Rapporté à 1 kWh les quantités de ressources naturelles extraites pour le combustible mais aussi pour la fabrication des équipements, le transport, les déchets produits, les pollutions engendrées, l’occupation au sol, tout est en des quantités infiniment plus faible pour la même quantité d’énergie produite. Le fait que l’uranium soit un métal et non un fossile qu’on brûle fait que le nucléaire ne génère ni gaz toxiques, ni particules, ni gaz à effet de serre quand il produit la vapeur d’eau qui au final va faire de l’électricité.

Cet impact très limité du nucléaire sur l’environnement est aussi positif par rapport aux impacts des énergies renouvelables. Ces dernières nécessitent en effet aussi pour leurs équipements extrêmement nombreux pour la même quantité d’énergie produite des matériaux dont l’extraction a des impacts environnementaux, du transport, génèrent des déchets industriels etc. Ces énergies sont, elles, en effet très diluées (photons pour le solaire, vent pour l’éolien) et les équipements (panneaux, éoliennes) doivent être nombreux et répartis sur de vastes espaces ce qui génère aussi un impact environnemental conséquent sur les milieux naturels, en consommant d’importantes surfaces sur sol, sous le sol (socle de plusieurs centaines de tonnes, câble de raccordements etc.), et au-dessus du sol parfois à plusieurs centaines de mètres de terres agricoles ou d’espaces naturels, en créant des perturbations sur les espèces végétales à racines profondes, sur la faune, sur le paysage etc.

Enviscope : Le nucléaire est donc un outil efficace pour lutter contre le changement climatique?

Myrto Tripathi : Oui. On peut même rétrospectivement affirmer que les freins au développement du nucléaire depuis quarante ans, depuis Tchernobyl, ont empêché de lutter plus efficacement et plus rapidement contre le changement climatique. Des décisions ont été prises sous le coup de l’émotion et par l’effet d’informations incomplètes, partielles ou volontairement partiales mais qui ont été décorrélées de l’ampleur réelle et surtout de la nature de la catastrophe de Tchernobyl sur les milieux et sur les populations . L.’impact est en effet resté très local et très spécifique au contexte particulier de cette centrale.

On peut donc légitimement estimer que ces freins au développement du nucléaire, que la fermeture d’une centrale comme celle de Fessenheim, ont entraîné un recours accru aux énergie fossiles, surtout dans un connexe de croissance économique et démographique mondiale. Or, le Groupe International d’Experts sur le Climat (GIEC ) a bien affirmé que le nucléaire est un outil efficace pour atténuer le réchauffement climatique.

Mais la  Commission européenne elle n’a pas classé le nucléaire comme une énergie durablement positive pour le climat. La taxonomie, outil de classification des énergies durables sur lequel s’appuient tous les fonctionnaires européens, les politiques européennes, et par extensions tous ceux qui suivent ses recommandations (les organismes financiers, de conseil, de labellisation, les journalistes et les médias etc.) classe le nucléaire comme énergie de transition, au même titre que le gaz à l’empreinte carbone 100 fois supérieure !, et conserve comme objectif d’aboutir à 100 % d’énergies renouvelables.

Enviscope : Quelle évolution en termes de sûreté et de sécurité après des catastrophes qui ont marqué l’ histoire du nucléaire civil ?

 Myrto Tripathi :  Toutes les règlementations et exigences, les processus, et même la culture de la sûreté des installations nucléaires ont été profondément influencés par les effets des catastrophes de Tchernobyl, Three Mile Island et de Fukushima. Preuve en est, Tchernobyl est le seul accident à avoir fait des victimes, le seul, de toute l’histoire du nucléaire civil mondial. Preuve que la sûreté de installations nucléaires est très bien assurée et les incidents  recensés sur l’échelle internationale INES comme c’est évidemment le cas pour les installations nucléaires en France, et l’industrie nucléaire attentive à ce que tous les opérateurs soient exemplaires.

Les exploitants d’installations nucléaires de production d’électricité, ont ainsi décidé de resserrer leurs liens, leurs coopération au sein de la WANO ( World Association of Nuclear Operators )  pour améliorer le degré de sûreté et exercer une pression par les pairs les uns sur les autres. Ils établissent des échanges, réalisent des visites sur les sites. Ils considèrent en effet que la filière nucléaire doit se considérer  au niveau mondial comme  un système qui doit être monitoré d’une manière collective, un seul accident étant capable de les mettre tous à terre, même si il n’a pas fait de victimes comme cela a été le cas à Fukushima.

Enviscope :  Dans un contexte de tensions sur les matières premières comment la ressource uranium est-elle répartie au niveau mondial alors qu’il n’y a plus  d’uranium en France?

Myrto Tripathi : La question des réserves géologiques, des ressources exploitables, est effectivement une question importante. Il faut noter que les réserves   géologiques d’uranium à l’échelle de la planète sont plutôt  bien réparties, mieux que la plupart des minéraux et métaux de base que nous utilisons quotidiennement.  Des gisements se trouvent au Canada, en Amérique du Nord, en Australie , pays qui n’est pas engagé lui-même dans le nucléaire ,  en Afrique au Niger, en Namibie,  et en Afrique du Sud, en Asie, au Kazakhstan, en Ouzbékistan, avec des perspectives importantes en Mongolie, même en Europe des gisements existent dans le nord de la Finlande.

La France n’a certes plus de gisements significatifs d’uranium  mais des mines pourraient être re-exploitées si le besoin, stratégique en cas de pénurie prolongée, se faisait sentir, mais nous aurions entre 3 et 5 ans devant nous avant de commencer à s’inquiéter. C’est 3 mois pour le pétrole et le gaz qui représentent encore 80% de notre consommation énergétique en France.

Enviscope : Justement quelle est la situation  au  Niger?

Myrto Tripathi : Areva , anciennement Cogema et devenu depuis Orano, ont été fortement implantés dans ce pays sahélien,où la situation politique donc les relations avec la France se sont fortement dégradées ces dernières années. Peu à peu les équipes d’Orano ont été expulsées, l’État nigérien a voulu reprendre l’exploitation, mais le gisement important d’Imouraren reste inexploité. Il s’agit à date d’un des gisements d’uranium les plus important au monde, avec 200 000 tonnes de minerai. La France n’importe plus d’uranium du Niger, ce qui est d’ailleurs avant tout et malheureusement une perte économique sèche pour le Niger et sa population.

Enviscope : Quelle coopération européenne pour la technologie, pour le développement de la production  notamment pour la génération 4, celle des surgénérateurs?

Myrto Tripathi : Avec Phénix, à Marcoule, puis avec le réacteur  Superphénix à Creys Malville, la  France s’était placée en tête au niveau mondial pour la recherche sur les réacteurs de quatrième génération, les surgénérateurs rapides. Victime de l’hostilité d’une partie de l’opinion, et de décisions politiques,  sur les questions nucléaire, de sûreté,  de déchets, les recherches sur le prototype  Superphénix ont été abandonnées. Le surgénérateur est en cours de démantèlement. Mais de jeunes pousses  s’intéressent en France même à la surgénération, et demandent à utiliser des éléments du cœur de Superphénix.

La France a été depuis dépassée par des pays qui ont poursuivi l’investissement dans cette quatrième génération, c’est le cas de la Russie, mais aussi de l’Inde qui vient de démarrer un réacteur PFBR, surgénérateur rapide, à Kalpakamn, ce que nous sommes encore assez loin de faire.

Enviscope : Comment développer du nucléaire sur mesure, en économisant la matière première  avec les SMR sur des régions qui peuvent en avoir besoin ?

Myrto Tripathi : Les Small Modular Reactors, petits réacteurs modulaires  ( SMR, PRM) ) constituent une approche différente de l’approche historique qui jouait l’effet d’échelle sur des réacteurs de grande taille. La modularisation de la construction et la taille plus petite qui sont ses caractéristiques peuvent être appliquées aux différentes filières et technologies, les anciennes comme les récentes, Réacteurs  à Eau Pressurisé ( REP) , EPR 1 et 2, Surgénérateurs, sels fondus, haute température etc..

Jusqu’ à présent l’économie reposait principalement sur la réalisation de réacteurs de plus en plus puissants capables de rendement  à la mesure d’investissements importants.

L’approche pourra avec les SMR être  différente, avec des réacteurs de moindre puissance, de 30 MW les micro-réacteurs à 350 MW, mais adaptés à des besoins plus spécifique, des agglomérations, des pays, des sites industriels qui ont besoin d’électricité et/ou de chaleur.

Propos recueillis par Michel Deprost  redaction@enviscope.com

1) Myrtho Tripati a été Directrice Politique Climat au sein du Global Compact France et conseillère de Brice Lalonde, période pendant laquelle elle a activement participé aux négociations climat et COP de 2015 pour les Accords de Paris à 2017. Elle a effectué la première partie de sa carrière chez Areva, de 2004 à 2014, où elle a notamment exercé les fonctions de Directrice de l’Offre en charge des appels d’offres du réacteur nucléaire EPR vers les marchés export. Elle est également à l’origine de l’association RePlanet France – les Ecohumanistes et de l’Institut TerraWater. Elle est l’auteure de «La bataille pour le climat». Myrto Tripathi est diplômée de la Grande Ecole HEC et titulaire d’un diplôme en génie industriel de la North Carolina State University (États-Unis).

 

LinkedIn
Twitter
Email

à voir

Related Posts

NEWSLETTER

Rececevez réguliérement par mail nos dernier articles publiés

Derniers articles publiés

Enquêtes

Reportage Vin 31

Dossiers

Territoires

Environnement

Energie

Mobilité

Médiathèque

économie

économie durable

bioéconomie

économie circulaire

Construction et aménagement

Recherche

Content de vous revoir !

Connectez-vous à votre compte ci-dessous

Retrieve your password

Merci de saisir votre nom d'utilisateur ou votre adresse email pour changer votre mot de passe