Énergie

Nucléaire Oui/Non : Les éléments économiques du dossier nucléaire par François Levêque

François Levêque a une approche économique. Il vise à cerner coûts et bénéfices, en incluant, ce qui est le plus difficile les risques.

Les coûts du nucléaire doivent prendre en compte, l’investissement initial, le démantèlement, la gestion des déchets, la  maintenance, l’amélioration en cours d’exploitation.

Pour le démantèlement, il faut calculer les coûts d’actualisation, c’est-à-dire le coût aujourd’hui d’une opération qu’il faudra engager dans quarante ans. Plus le taux d’actualisation est élevé, plus les coûts lointains pèsent peu dans les évaluations. Il faut prendre compte la très longue durée de vie de certains déchets.

Coûts et bénéfices doivent prendre en compte des avantages comme l’indépendance nationale, de prévisibilité du prix de l’énergie, l’impact sur le climat.

Il faut évidemment ne pas oublier les accidents, la réparation des dommages aux personnes, aux biens, à l’environnement. Or, le coût d’un accident et de son indemnisation n’est pas entièrement, loin de là, intégré dans les comptes des électriciens.

Des risques mal perçus

Les risques sont en réalité inférieurs à la perception qu’en a le public et aux informations que donnent les opposants. Les estimations des spécialistes sont aussi remises en cause. Leurs  bases de calcul ne sont  pas forcément suffisantes, en nombre d’années/réacteur exploité. Elles n’inclut pas non plus dans les scénarios tous les facteurs. A Fukushima, on n’avait pas été prise en compte la conjugaison du tremblement de terre et du tsunami qui a entrainé l’interruption de l’alimentation électrique.

Les conditions d’un développement plus sûr

Les perspectives nucléaires pourraient être les suivantes. L’accroissement des retours d’expérience, engagée avec EDF devrait être augmenté avec le parc nucléaire chinois. L’appréhension du risque doit être l’objet d’échanges entre experts et citoyens pour gommer des biais psychologiques, des perceptions faussées, afin de cerner les risques probables.

Les autorités de sureté doivent être partout plus indépendantes.  Il convient de séparer au niveau mondial la promotion de l’énergie nucléaire et la gouvernance mondiale de la sureté et de la sécurité. La mondialisation  apportera davantage d’expérience d’innovation, de comparaisons.

Au final, François Levêque rappelle qu’il y a deux positions économiques.

Fermer le nucléaire actuel en bon état de marche n’est pas une bonne option.

 Le développer n’est envisageable «  que si les coûts sont tenus, les risques maitrisés, la régulation de sûreté bien ficelée, l’intervention publique raisonnée et la gouvernance internationale en matière de sûreté et de sécurité, plus forte et plus efficace »

La conclusion économique prudente de François Levêque est la suivante: «  Trop d’incertitudes marquent encore le nucléaire pour qu’il soit permis de se prononcer pour ou contre à l’aune de l’intérêt général économique ».

michel.deprost@enviscope.com

François Levêque est professeur d’économie à Mines Paris Tech où il enseigne l’économie industrielle et l’économe de l’énergie.

Nucléaire, OUI/Non François Levêque.

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