Énergie

Rhône-Alpes: le rebond de la chimie a besoin d’être consolidé

Jean-Louis Martin, président de l'Union des INdustries Chimiques de Rhône-Alpes ( photo UIC Rhône-Alpes)
Jean-Louis Martin, président de l’Union des INdustries Chimiques de Rhône-Alpes ( photo UIC Rhône-Alpes)

Le secteur de la chimie envisage une année 2015 de rebond, grâce à l’essor de plates formes industrielles engagées sur de nouvelles productions.  Pour développer une chimie plus performante sur le plan environnemental, le secteur a besoin aussi d’une énergie  dont les coûts sont maitrisés. Jean-Louis Martin, président de l’Union des Industries Chimiques de Rhône-Alpes, explique.

Quelle est la conjoncture pour le secteur de la chimie en France et en Rhône-Alpes, quelles sont les principales préoccupations ?

 Après une fin 2014 difficile, les métiers de la chimie anticipent une croissance de 1,5 % en volume pour 2015 au niveau national. Nous notons avec intérêt les initiatives de valorisation des plateformes industrielles comme levier de compétitivité. À ce titre, Rhône-Alpes est bien positionnée grâce notamment aux plateformes des Roches-Roussillon, du Pont de Claix, de la Vallée de la chimie…Les perspectives d’emploi sont positives avec le contrat signé par la Branche dans le cadre du Pacte de responsabilité qui prévoit 47 000 recrutements en France pour la période 2015/2017, soit déjà 15 700 en 2015.

Le gaz de schiste facteur de compétitivité

Qu’apportent la baisse du prix du pétrole et la baisse de l’euro,  et quelles sont les perspectives au-delà ?

 L’activité bénéficie de la baisse du cours du pétrole. Si elle perdure, et si les investissements prennent le relais, ce facteur devrait avoir un impact positif à moyen terme. Il ne devrait toutefois pas suffire à effacer l’écart de compétitivité structurelle entre les pays exploitant le gaz de schiste et la filière pétrochimie française. La chimie aval, elle, peut tirer bénéfice de la parité euro/dollar qui ouvre des perspectives à l’international pour les entreprises innovantes.

Pour l’approvisionnement en électricité la situation est-elle stabilisée?  Que représente l’électricité pour la chimie ?

Toutes énergies confondues, l’industrie chimique en France représente près de 24 % des consommations énergétiques de l’industrie. Ce chiffre va jusqu’à 40 % pour le gaz naturel. Le coût de l’énergie représente en moyenne pour l’amont de la filière (chimie minérale et organique) entre 15 % et 20 % de ses prix de revient.

La consommation de l’Industrie chimique en France représente 25% de l’électricité consommée par l’industrie française. L’industrie chimique a mis en place des actions visant à réduire sa consommation énergétique. Dans le cadre du Grenelle de l’Environnement, l’UIC a pris l’engagement de réaliser les bilans carbone et/ou audits d’efficacité énergétique de tous les sites chimiques : 200 ont été réalisés à ce jour.

Développement de la cogénération

Par ailleurs, les industriels de la chimie ont investi dans la cogénération, un mode de production conjointe de chaleur et d’électricité. Ces installations apportent un bilan positif pour l’environnement. Le bilan des émissions de CO2 est plus favorable que des dispositifs séparés de production d’électricité et de vapeur. Le parc de cogénération de l’industrie chimique représentait en 2008, 1,35 GW de puissance installée. Cette technologie contribuera au succès de la transition énergétique de l’industrie.

Le 18 février dernier, ont été votés au Sénat les articles concernant la compétitivité des intensifs en énergie. En préliminaire, Ségolène Royal a introduit dans le code de l’énergie les dispositions pour les  hyper électro-intensifs prévus par la loi Macron (1) . Il s’agit d’une sorte de « pacte de compétitivité » où les entreprises électro-intensives s’engagent à l’efficacité énergétique en échange de « conditions particulières d’approvisionnement ».

 

En matière de gaz, quelle est la situation pour les chimistes du sud de la France ?

La consommation de l’Industrie chimique en France : 40% des gaz de l’industrie française. Parmi les freins au développement régional figurent en effet les prix du gaz pour les industriels fortement consommateurs d’énergie (chimie, plasturgie, métallurgie…) basés dans le Sud de la France, pour lesquels le surcoût peut atteindre actuellement 20% par rapport aux industriels installés dans le Nord.

Par ailleurs, l’arrêté ministériel du 5 janvier dernier autorise la construction de Gazoduc ERIDAN, nouvelle canalisation de transport de gaz naturel, longue de 220 km entre Saint-Martin-de-Crau (Bouches-du-Rhône) et Saint-Avit (Drôme). Ce projet, correspondant à un investissement de près de 600 millions d’euros, répond à la nécessité de développer des capacités de transport de gaz naturel dans le sud-est du pays afin de sécuriser les approvisionnements et fluidifier les échanges de gaz naturel tant en France qu’en Europe. Cette construction pourrait voir le jour à horizon 2018.

En matière de logistique, en matière ferroviaire, quelle est la situation ?

Les coûts de transport et de logistique du secteur de la chimie représentent 10 % du chiffre d’affaires du secteur. Ils concernent tous les modes de transport, avec une prédominance pour la route –pour plus de 80 % des flux, le transport ferroviaire représentant environ 15 % des flux et la voie d’eau environ 5 %. La fiscalité pèse lourdement dans le secteur du transport.

La Branche Chimie se mobilise pour un transport compétitif et s’engage pour l’utilisation et le développement de modes de transport donnant des garanties de sécurité et de respect de l’environnement. Par ailleurs, la spécificité des produits chimiques requiert des infrastructures et des services portuaires, ferroviaires et routiers performants, fiables et sûrs.

Les besoins de plateformes multimodales sont réels et le renforcement du transport par voie fluviale au sud de Lyon serait intéressant.

Les industriels aimeraient pouvoir apporter leurs réflexion à la SNCF et à SNCF Réseaux dans le cadre de leur projets de réorganisation afin de préparer l’avenir et ne pas subir des décisions qui impactent les entreprises. Les pouvoirs publics doivent comprendre que ce n’est pas à l’industriel de s’adapter au transport mais bien aux infrastructures, aux moyens de transports et à la fiscalité de permettre aux entreprises d’être compétitives.

 Quels sont les défis à relever dans le paysage chimique mondial où l’on voit des régions entières du monde, comme la Chine, les Etats Unis, les pays du Golfe, développer leur propre capacité de recherche, de développement et de production ?

Le secteur de la chimie, très fortement exposé à la concurrence internationale, doit faire face à deux bouleversements majeurs. Il est confronté au soutien gouvernemental des industriels intensifs en énergie en Allemagne et à la révolution énergétique aux Etats-Unis avec l’exploitation des gaz de schiste.

Les Entreprises de Taille Intermédiaire de Rhône-Alpes développent leurs implantations dans les pays émergents. La concurrence est réelle et la valeur ajoutée se crée grâce au réseau très fort de recherche et développement  régional, un savoir-faire spécifique qui se renouvelle chaque jour et s’exporte plutôt bien. Près de 65% du  chiffre d’affaires des entreprises de la Chimie se réalise à l’export, tout particulièrement en Europe et aux USA.

Enfin il est nécessaire de trouver un juste équilibre entre des objectifs environnementaux et réglementaires ambitieux et la capacité des acteurs à évoluer. Il est capital de ne pas introduire de dispositions plus contraignantes que les textes européen. Il faut renforcer les études d’impact économiques relatives aux nouvelles règlementations. Les entreprises ont besoin de stabilité règlementaire et il est nécessaire de plafonner les investissements règlementaires à un pourcentage de la valeur des assets.

Les plateformes chimiques en Rhône-Alpes ont engagé leur reconversion, quel est le chemin qui reste à parcourir ? Quels sont les atouts ?

Nos plateformes sont moins structurées que leurs homologues européennes. Les mécanismes d’incitation aux investissements productifs sont moins attractifs. En conséquence, la mutualisation des coûts fixes est moindre alors que c’est un facteur de compétitivité majeur.

Il est nécessaire de renforcer l’attractivité des plateformes multi-opérateurs qui sont des bases de développement. Il faut leur donner un avantage compétitif via des statuts gazo-intensifs, électro-intensifs…. Il faut accorder des aides ou bonus spécifiques via l’ADEME, l’Agence de l’Eau et mettre en adéquation des zones AFR avec les plates-formes.

Il est nécessaire d’impliquer  l’ensemble des acteurs dans la promotion des plateformes : UIC, Etat, ministères, régions collectivités locales, AFII, Ports Autonomes. Enfin il faut définir un schéma directeur de promotion au niveau national et local

 

L’environnement social de la chimie, de la part des politiques, des collectivités, de la société est-il plus positif  et plus conscient des enjeux ?

Plusieurs initiatives qui concernent la chimie depuis quelques années concourent à renforcer cette connaissance et les rapprochements entre acteurs :

. Un Comité Stratégique de Filière National Chimie “Chimie et Matériaux” et un Contrat de Filière

. Un accord Pacte de responsabilité de Branche

. Un Comité Stratégique de Filière Régional Chimie Rhône-Alpes et un Contrat d’Objectif Emploi-Formation régional.

Notre contribution aux enjeux sociétaux et nos engagements en matière de transition énergétique sont réels. Le secteur prévoit d’améliorer son efficacité énergétique de 1,5 % par an en moyenne jusqu’à 2030. Notre objectif est que 20 % des effacements de consommation énergétique soient réalisés par l’industrie chimique en 2020. Pour les énergies,  renouvelables  secteur entend  accélérer le développement local des énergies renouvelables (biomasse, déchets)

Pour la Chimie du végétal , le secteur cible un objectif ambitieux de 20 % en 2017 de matières premières provenant de la biomasse. Enfin pour les émissions de CO2 , la chimie veut être un acteur dans la capture, le stockage et la valorisation du CO2.

Recueilli par michel.deprost@enviscope.com

 

1) Art. L. 351-1. – Les entreprises fortement consommatrices d’électricité, dont l’activité principale est exposée à la concurrence internationale, peuvent bénéficier, pour tout ou partie de leurs sites, de conditions particulières d’approvisionnement en électricité. En contrepartie, elles s’engagent à adopter les meilleures pratiques en termes d’efficacité énergétique

 

 

 

 

 

 

 

 

VOIR AUSSI