Drôme

Séisme du Teil : pas d’impact visible sur les installations nucléaires

Selon l’Institut de Radioprotection et de Sûreté Nucléaire, le séisme survenu au Teil n’a pas eu d’impact visible sur les sites nucléaires de la basse vallée du Rhône. Son importance rend toutefois nécessaire de mieux le caractériser et le cas échéant de le retenir pour définir l’aléa sismique pour les installations nucléaires de Tricastin et de Cruas.

Le séisme du Teil sera étudié en détail pour éventuellement le retenir pour définir l’aléa sismique pour les installations nucléaires de Tricastin et de Cruas.© Esby (CC BY-SA 3.0)

Trois sites nucléaires sont placés dans un rayon de 50 km autour de l’épicentre, rappelle l’IRSN, Institut scientifique spécialisé dans la sécurité nucléaire, dont Enviscope publie presque intégralement le texte.

Ce séisme ne semble pas avoir provoqué de dégâts sur les centrales nucléaires note l’IRSN. Mais il sera nécessaire de mieux le caractériser pour vérifier s’il nécessite ou non de réviser le Séisme Maximum Historiquement Vraisemblable (SMHV) aujourd’hui retenu. Dans son avis en 2016 sur les niveaux de séisme majoré de sécurité (SMS) à Tricastin et Cruas, l’IRSN a également relevé la nécessité qu’EDF démontre que le Séisme moyen de référence n’est pas remis en cause par des données alors nouvelles relatives aux séismes historiques de 1186 et 1448 relevés dans la région d’Uzès.

Le site nucléaire le plus proche est la centrale de Cruas-Meysse, sur la rive droite du Rhône, en Ardèche, située à environ 12 km de la zone de rupture la plus proche. Compte tenu de la magnitude et de la faible profondeur du séisme, l’atténuation du mouvement sismique est importante. Les instruments du site ont enregistré une accélération maximale de 0,045 g en champ libre (valeur de l’accélération de la pesanteur). Une autre mesure réalisée dans les locaux de la centrale a entraîné une procédure d’arrêt et de vérification des installations. A 20 kilomètres les stations sismiques des réseaux d’observation nationaux n’ont enregistré des accélérations que de quelques millièmes de g, en particulier de 0,006 g à proximité de la centrale du Tricastin.

Des installations conçues en tenant compte du risque

Les bâtiments et les équipements des centrales nucléaires françaises, rappelle l’IRSN, sont conçus pour résister à un certain niveau de séisme caractérisé par un « spectre de réponse ». Un «spectre de réponse » permet de déterminer la sollicitation d’un bâtiment ou d’un équipement aux fréquences de vibrations d’un séisme(1).

Pour Cruas, le « spectre de réponse » en vigueur est celui utilisé pour le troisième réexamen de sûreté des réacteurs. Il est calé à 0,26 g. Pour cette centrale des appuis parasismiques en élastomère ont été interposés lors de la construction entre les fondations et les principaux bâtiments. Pour celle du Tricastin, le « spectre de réponse » actuel a été utilisé pour le troisième réexamen de sûreté des réacteurs. Il est calé à 0,285 g.

L’aléa sismique défini pour le troisième réexamen de sûreté des centrales nucléaires de Cruas et du Tricastin se fonde sur le séisme du 8 août 1873 et définit un SMHV de magnitude 4,7 à 4 km de profondeur. En augmentant la magnitude des ondes de surface de 0,5, on obtient un SMS de magnitude 5,2 à 4 km de profondeur. EDF retient aussi le paléoséisme de Courthézon comme séisme de référence avec une magnitude 6,5 et une distance épicentrale de 50 km pour Cruas et de 27 km pour Tricastin).

Le séisme du 11 novembre 2019 de magnitude d’environ 4,5 et de profondeur d’environ 2 km, présente des caractéristiques proches de celles du SMHV. Pour l’IRSN, il est nécessaire de mieux le caractériser et le cas échéant de le retenir pour définir l’aléa sismique pour les installations nucléaires de Tricastin et de Cruas.

Installation Orano de Tricastin

Pour les installations nucléaires Orano du site du Tricastin (usine d’enrichissement de l’uranium par centrifugation Georges Besse II, parc d’entreposage de matières …), l’exploitant a indiqué l’absence d’impact du séisme sur la sûreté des installations en exploitation. L’IRSN relève que, sur le site du Tricastin et également sur le site de l’usine Melox située à Marcoule, les effets du séisme du Teil n’ont pas nécessité la mise en œuvre des mesures de sûreté définies par rapport au séisme de dimensionnement des installations. Des dispositions automatiques de protection de centrifugeuses de l’usine Georges Besse II sur le site du Tricastin, définies au titre de la sauvegarde de l’outil industriel, se sont déclenchées.

michel.deprost@enviscope.com avec les éléments de l’IRSN.

  1. La méthode utilisée pour déterminer ces « spectres de réponse » est définie dans une réglementation technique spécifique (RFS 2001-01). Celle-ci demande de définir des zones (dites zones sismotectoniques) considérées comme homogènes du point de vue de leur potentiel à générer des séismes, puis à recenser les séismes les plus importants connus historiquement dans chacune de ces zones (sismicité instrumentale et sismicité historique). La sollicitation sismique retenue (Séisme Maximum Historiquement Vraisemblable – SMHV) est alors définie en supposant que les séismes identifiés peuvent se produire en n’importe quel point de la zone sismo-tectonique à laquelle ils appartiennent. La RFS demande que, dans la zone sismotectonique du site, le SMHV soit supposé se produire à l’aplomb du site. Le Séisme Majoré de Sécurité (SMS) est obtenu en augmentant la magnitude des ondes de surface (Ms) du SMHV de 0,5. De plus, la réglementation demande la prise en compte des indices de séismes plus anciens (paléoséismes).

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