Mobilité

Ligne Virieu le Grand/ Peyrieu : une voie ferrée à bout de soufle

Réseau Ferré de France ( RFF) a décidé il y a quelques semaines de suspendre la circulation sur la voie Virieu-le Grand/Peyrieu (Ain) en raison du très mauvais état de l’infrastructure. L’arrêt de la circulation touche CEREGRAINS, entreprise de collecte de céréales qui exploite un silo à Peyrieu. CEREGRAINS est le seul client de la SNCF sur cette ligne. L’entreprise est contrainte de transférer sur la route, le transport de quelque 60 000 tonnes de céréales par an.


Une réunion s’est tenue récemment en sous préfecture de BELLEY, afin de trouver une solution : réunir davantage de tonnage pour accroitre le chiffre d’affaires généré par l’infrastructure.


Pascal ANDRAULT, chargé de marché au service de gestion de réseau, à la direction régionale RFF Rhône-Alpes Auvergne, explique pourquoi Réseau Ferré de France a été amené à arrêter les circulations.


La voie ferrée entre Virieu le Grand et Peyrieu a été construite au début du vingtième siècle. Des rails et des traverses datent de cette époque.Cette infrastructure est « à bout de souffle” . Sur 22 kilomètres de voies, 20 kilomètres sont aux limites des possibilités d’exploitation et la dégradation atendance à s’accentuer. Cette fragilité accroit les besoins pour l’entretien délégué à la SNCF. Il faut ainsi vérifier l’écartement des rails, leur nivellement, surveiller les faiblesses du ballast qui ne remplit plus son rôle. Le ballast est un ensemble de granulats destiné à asseoir la voie et à répartir les efforts exercés lors du passage des convois. La ballast s’est dégradé, rempli de terre, de végétation.


L’exploitation de la voie s’est donc trouvé engagée au fil des ans dans un cercle vicieux. Moins de trafic, moins de chiffre d’affaires, moins d’entretien, donc potentiellement moins de trafic. Pour assurer la sécurité, il faut réaliser des contrôles fréquences, ralentir la vitesse des convois. Malgré tout, la voie peine à être au niveau des normes techniques.


Pas accroitre l’endettement


Réseau Ferré de France n’est pas en mesure, explique Pascal Andrault, de réaliser davantage d’efforts. « L’entreprise supporte déjà le poids d’une dette importante et notre statut interdit d’engager des dépenses qui ne génèreraient pas de recettes. L’entretien d’une voie pour les trafics voyageurs, sans fermeture au trafic pendant les travaux, représente 1 million d’euros par kilomètre. Il est possible d’abaisser le coût sur certaines lignes à 600 000 euros, en étant en mesure de mieux organiser un chantier par une suspension du trafic. En récupérant des matériels par exemple, on peut descendre le coût à 300 000 euros le kilomètre, mais pour les 20 kilomètres de la voie Virieu Peyrieu, cela représente une dépense de 6 millions d’euros».


Une dépense en face de laquelle Réseau Ferré de France imagine difficilement des recettes. La location du sillon Peyrieu/Virieu/Modane (où se dirigent les trains de céréales de CEREGRAINS pour gagner l’Italie) rapporte 25 000 euros par an, auquel s’ajoute un abonnement annuel de 3000 euros. Avec moins de 30 000 euros de recettes annuelles, on comprend rapidement que les travaux de mise à niveau de la voie ne seraient pas payés avant plusieurs dizaines d’années.


D’où la mobilisation lancée dans le secteur pour trouver des trafics supplémentaires. De nouvelles recettes, mais aussi un engagement des collectivités ( Région par exemple) permettraient de sauver la voie. L’enjeu est important. La baisse du trafic a été en partie facilité par le démontage d’une section au delà de Peyrieu.


michel.deprost@enviscope.com

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