Le lien entre exposition aux pesticides et maladie de Parkinson est établi

Une équipe de chercheurs de l’unité Inserm « Neuroépidémiologie » et de l’Université Pierre et Marie Curie , rendue publique par l’INSERM, montre que l’exposition aux pesticides double quasiment le risque de maladie de Parkinson parmi les agriculteurs. Ces résultats, qui posent également la question du rôle d’une contamination résiduelle de la population générale par ces pesticides, sont publiés en ligne dans Annals of Neurology (1)


La maladie de Parkinson est la deuxième maladie neuro-dégénérative la plus fréquente, après la maladie d’Alzheimer. Les chercheurs admettent que, dans la plupart des cas, elle trouve son origine dans une combinaison de facteurs de risque génétiques et environnementaux.


Parmi les facteurs environnementaux suspectés, des études épidémiologiques ont montré une association entre la survenue de la maladie de Parkinson et une exposition professionnelle aux pesticides. Aucune famille de pesticides n’a pu être spécifiquement mise en cause et le rôle du niveau d’exposition n’a pas été étudié.


Une coopération de la MSA


En collaboration avec la Mutualité sociale agricole (MSA), une équipe de chercheurs de l’Inserm et de l’UPMC (Université Pierre et Marie Curie) a étudié un groupe de 224 patients atteints de maladie de Parkinson, qu’ils ont comparé à un groupe de 557 personnes non malades. Les personnes non malades étaient toutes affiliées à la MSA, de même âge et sexe et habitant dans le même département. Soixante deux délégations de la MSA sur 82 ont accepté de participer à l’enquête.


La recherche a consisté à reconstituer d’abord de manière détaillée l’exposition aux pesticides durant toute la vie professionnelle. Un grand nombre d’informations a été recueilli : surface des exploitations, type de cultures , pesticides utilisés, nombre d’années ,fréquence annuelle d’exposition, méthode d’épandage.


Les résultats montrent que les patients atteints de maladie de Parkinson avaient utilisé plus souvent des pesticides et durant un plus grand nombre d’années que les témoins . Les chercheurs ont estimé que les agriculteurs exposés aux pesticides avaient un risque presque deux fois plus élevé de développer la maladie de Parkinson que ceux qui n’en utilisaient pas.



Insecticides organochlorés


Parmi les principales familles de pesticides, les chercheurs ont mis en évidence chez les hommes atteints un risque jusqu’à 2,4 fois plus élevé que chez les témoins pour les insecticides de type organochloré. Cette famille de pesticides qui regroupe par exemple le lindane et le DDT a été largement utilisée en France entre les années 1950 et 1990 et se caractérise par une persistance dans l’environnement de nombreuses années après l’utilisation. Les chercheurs précisent toutefois qu’on ne peut pas, à partir de ces résultats, exclure l’implication d’autres types de pesticides moins fréquemment utilisés.


Les auteurs soulignent alors l’importance de l’éducation des utilisateurs professionnels de pesticides à un meilleur usage et la mise en place de mesures de protection des travailleurs agricoles.


L’Union des Industries de Protection des Plantes (UIPP) a pris acte aujourd’hui des travaux publiés par l’INSERM . Elle rappelle « que les produits phytopharmaceutiques ne sont pas anodins et doivent être utilisés dans le cadre du respect des bonnes pratiques phytosanitaires (précautions d’emploi nécessaires, respect des indications figurant sur les étiquettes des produits…). »


L’organisation des industriels rappelle aussi que « les molécules citées dans cette étude ne sont plus autorisées sur le marché car elles ne répondraient plus aux critères d’exigence actuelle de l’homologation »


Les produits phytopharmaceutiques, rappelle l’UIPP, font partie des produits chimiques les plus encadrés au niveau réglementaire. Leur homologation nécessite d’établir un dossier d’évaluation aussi complet que celui des médicaments. La procédure d’Autorisation de Mise sur le


Marché n’est accordée que pour 10 ans. L’UIPP regrettele critère « respect


des bonnes pratiques » ne soit pas pris en compte dans cette étude.


michel.deprost@enviscope.com



Alexis Elbaz: on ne connait pas les effets de produits utilisés à une moindre échelle


Dans quelles conditions avez-vous collaboré avec des Caisses de Mutualité Sociale Agricole ?


Nous avons proposé aux caisses de MSA de s’associer à l’enquête, et 62 caisses sur 82 se sont portées volontaires, mais il n’y a pas de liens entre les caisses qui ont accepté ou refusé et des régions ou des activités agricoles particulières. Nous avons reçu un appui efficace des médecins conseil et du travail de ces caisses et nous les remercions pour leur aide.



Y-t-il des familles de produits particulièrement en cause ?


Dans notre étude, les insecticides, en particulier les insecticides organochlorés, sont apparus comme les produits les plus associés à la maladie de Parkinson. Ces produits ont un spectre large et ont été utilisés dans de très nombreux secteurs agricoles entre les années et 60 et la fin des années 90. Nous ne pouvons toutefois éliminer une association avec d’autres familles de produits qui ont été plus rarement utilisés en France et qui étaient moins représentés parmi les participants à notre étude.


Les insecticides organochlorés à usage agricole ont été interdits progressivement à partir des années quatre vingt dix, et le dernier l’a été en France il y a quelques années.



Y-a-t-il par conséquent une classe d’âge, parmi les agriculteurs qui a le plus de probabilité d’avoir été concernée par ces produits ?


Notre étude a porté sur des personnes âgées en moyenne de 68 ans en 2000. Ce sont des agriculteurs qui ont souvent été actifs pendant la période 1950-1990 et qui ont donc été exposés aux produits disponibles pendant cette période. On ne peut dire ce qu’il est advenu pour d’autres classes d’âge postérieures.


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Pour en savoir plus “Professional exposure to pesticides and Parkinson’s disease” Annals of Neurology http://www3.interscience.wiley.com/cgi-bin/fulltext/122322358/PDFSTART


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