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EBOLA : à Lyon des chercheurs ont trouvé pourquoi le virus est si dangereux

A Lyon, des chercheurs du Centre International de Recherche en Infectiologie a publié le 20 novembre dans Plos Pathogens un article expliquant comment une protéine du virus Ebola provoque une inflammation généralisée et des hémorragies des vaisseaux sanguins.

Grâce à son génome et aux interactions avec l’organisme hôte, le virus Ebola accomplit toutes les étapes du cycle viral avec un nombre très limité de protéines. Il se multiplie rapidement en grandes quantités. Cette explosion provoque une réaction inflammatoire si violente que l’organisme est incapable de la réguler : les dommages au système immunitaire sont irréversibles, ce qui stimule la propagation du virus.

Deux protéines en cause

L’une des clés de la très grande virulence du virus réside dans son génome, une autre dans les interactions entre les protéines virales et l’hôte. L’équipe “Bases moléculaires de la pathogénicité virale”, animée par Viktor Volchkov au Ciri (Université Claude Bernard Lyon 1 / Inserm / CNRS / ENS de Lyon), a apporté des explications aux mécanismes en cause en l’observant au niveau des molécules.

Le virus Ebola possède sept gènes. Les chercheurs se sont focalisés sur le gène de la glycoprotéine ou GP qui code deux protéines : une glycoprotéine non-structurale secrétée (sGP ) et une GP de surface. Des niveaux élevés des deux types de GP ont été retrouvés dans le sang d’humains et d’animaux infectés. Les chercheurs ont cultivé les deux GP et testé leurs effets sur des cellules humaines. Ils ont constaté que la GP relarguée peut provoquer une réaction immunitaire démesurée.

Une altération des vaisseaux sanguins

Lors de l’infection une fraction de la GP de surface sectionnée par une enzyme humaine et elle est libérée, légèrement altérée, par les cellules infectées. La protéine GP peut se fixer sur les macrophages et les cellules dendritiques, deux cellules du système de défense. Quand la GP altérée se fixe sur la cellule immunitaire, cette dernière libère de grandes quantité de cytokines pro-et anti-inflammatoires. Les cytokines et la GP altérée voyagent dans le sang des sujets infectés. Ce processus pourrait être à l’origine de la réaction immunitaire démesurée constatée et provoquer de la fièvre, une inflammation suraiguë et un choc septique. La GP relarguée altère aussi les cellules de la paroi des vaisseaux sanguins. Cela contribuerait à affecter l’intégrité des vaisseaux sanguins, et conduire au développement des hémorragies observées chez les patients Ebola.

La GP altérée agit sur les cellules immunitaires en activant une molécule appelée TLR-4. Les TLR sont des protéines jouant un rôle capital dans la réponse immunitaire innée, qui permet la défense immédiate de l’organisme, en reconnaissant les motifs moléculaires associés à différents pathogènes. Quand les chercheurs ont inhibé TLR -4 avec des anticorps avant que la GP altérée ne s’attache à la cellule, la réponse immunitaire de la cellule a été beaucoup plus faible et nettement moins de cytokines ont été libérées. Ces résultats laissent espérer qu’un traitement à base d’anticorps anti-TRL-4 réduisant l’inflammation.
Action de la GP relarguée au cours de l’infection par le virus Ebola. Crédit : V. Volchkov et alt. Références : Shed GP of Ebola Virus Triggers Immune Activation and Increased Vascular Permeability Beatriz Escudero -Pérez, Valentina A. Volchkova, Olga Dolnik, Philip Lawrence, Viktor E. Volchkov
-Published: November 20, 2014 -DOI: 10.1371/journal.ppat.1004509

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