Le Tour de France et l’Etape du Tour franchiront le col de Sarenne, en Isère, en Oisans, les 19 et 25 juillet. Pour limiter l’impact sur un site sensible, une partie de la course se déroulera exceptionnellement sans public, sans hélicoptères, et sans véhicules superflus. Face à l’inquiétude légitime que suscite le passage d’un tel évènement dans un des plus beaux paysages de l’Oisans, les associations mobilisées restent vigilantes.
Deux semaines après le départ du Tour de France à Barcelone, lors de leur passage au col de Sarenne, les 19 e 25 juillets, les cyclistes professionnels découvriront ce paysage sans pareil et relativement préservé de l’Oisans. Mais ce sont aussi 16 000 cyclistes amateurs ayant payé leur droit de participer à L’Étape du Tour de France – l’une des plus grands épreuves cyclosportives au monde, profiteront d’une immersion en Oisans, aux portes du Haut-Ferrand.
Toutefois, le passage du Tour ne se limite pas au passage de quelques cyclistes. Avec sa caravane publicitaire de centaines de véhicules sonorisés, ses véhicules d’assistance, ses milliers spectateurs, les hélicoptères et autres motos, transport de VIP, l’évènement est incompatible avec le respect des espaces naturels qui bordent la route pastorale reliant Clavans à l’Alpe Huez en passant par le col de Sarenne.
Le col de Sarenne est une des portes d’entrée de la magnifique vallée du Ferrand, absente du maillage des espaces protégés du secteur. Sa richesse floristique et faunistique attestée par de nombreux documents et inventaires, est en partie protégée par un Arrêté Préfectoral de Protection du Biotope (APPB). Les abords de la route abritent de nombreuses espèces de faune emblématiques du milieu montagnard, plusieurs plantes patrimoniales voire protégées. On peut citer la Swertie pérenne, le Trichophore des Alpes, le Saule glauque, menacés d’extinction et emblématiques de la zone humide de Sarenne, mais aussi le Lis martagon, le Lis orangé, l’Œillet saxicole. A l’amont du barrage du Chambon, un couple de gypaètes élève en ce moment un poussin en bonne santé. « Si le passage de quelques coureurs cyclistes laisserait cette biodiversité indifférente, le format actuel du Tour de France et de l’Etape du Tour font peser de sérieuses menaces sur la prospérité de ces espèces. » soulignent les associations.
L’inquiétude est largement partagée . Au printemps, la pétition « Non au passage du Tour de France 2026 au col de Sarenne » a rassemblé 15 831 signataires. Elle mettait en avant l’avifaune riche et fragile du site (tétras-lyre, lagopèdes, …) et se terminait en rappelant « La nature n’est pas un stade ». FNE Isère, Mountain Wilderness, Association Oblique Oisans, Gentiana ont écrit aux acteurs directement concernés par la problématique.
» Nous avons réitéré les demandes faites lors du premier passage du TdF par le col de Sarenne en 2013, et pour lesquelles nous avions majoritairement obtenu gain de cause » :
- que le passage du Tour n’engendre pas d’élargissement ni de simplification de la route pastorale ;
- que la caravane publicitaire n’emprunte pas le col de Sarenne ;
- que la caravane ne distribue pas de cadeaux dans des zones Natura 2000 ;
- que les mesures prises en 2013 pour assurer la protection du site couvert par un APPB et ses abords (balisage sur place et fermeture de l’accès motorisé au col avant la course) soient à nouveau mises en œuvre, et étendues au tronçon entre Clavans-le-Haut et le col de Sarenne, également sensible et soumis au risque gravitaire ;
- que seuls les véhicules directement nécessaires à l’assistance des coureurs puissent accéder au col ;
- que la législation relative au survol des hélicoptères soit strictement respectée, les pilotes devant éviter tout survol à moins de 500 mètres des falaises. Un jeune gypaète arpentant en ce moment les falaises à l’aplomb du Plateau d’Emparis, les pilotes devraient privilégient la rive gauche de la Romanche.
Un format revisité pour l’occasion
À ce jour la préfecture de l’Isère n’a pas répondu à notre courrier. Néanmoins, ASO, l’organisateur du Tour de France, a confirmé la mise en œuvre des mesures listées ci-dessus. La plupart d’entre elles étaient déjà envisagées de longue date, afin de réduire l’impact du Tour sur cette portion particulièrement sensible. Les association l’espéraient bien de la part d’une structure qui a signé la « Charte des 15 engagements éco-responsables des organisateurs d’événements sportifs » dont le premier engagement est « le respect des sites sensibles traversés ». Le directeur du Tour de France Christian Prud’homme a réussi à transformer l’interdiction du public en argument marketing, louant l’opposition spectaculaire entre le « silence de la montagne » à Sarenne et « la folie et la ferveur » des 21 virages d’Huez.
Une affaire à suivre
Les associations rappellent que les craintes formulées en 2013 étaient fondées : travaux de goudronnage, suppression des passages à gué ayant facilité l’accès des véhicules motorisés à la route pastorale Clavans- col de Sarenne
La fréquentation du col s’en est ressentie et permet la double étape démesurée avec le passage du Tour de France et de son produit dérivé l’Étape du Tour de France. Cette mise en tourisme d’un tronçon de route est incompatible avec la préservation de ses abords immédiats – vulnérables à la fréquentation et au changement climatique – et est à rebours des enjeux actuels à l’heure où, dans plusieurs autres vallées de l’Oisans et du Briançonnais, les collectivités ferment les accès routiers devenus impraticables à cause de l’augmentation de la fréquence et de l’intensité des évènements orageux.
